L'architecture au service du spirituel

 

La Collégiale d’Ibos n’est pas seulement un bâtiment du passé mais parle pour aujourd’hui et pour demain.

Comment se fait-il qu’en pleine guerre de Cent ans, les gens d’Ibos ont consacré autant d’énergie, autant de sacrifices pour construire cette Collégiale alors que l’on était dans une période pas du tout prospère, avec des famines? Le secret est leur foi durant cette période de crise et cette foi inscrite dans leur cœur, ils ont voulu l’inscrire dans la pierre. Pour cela, ils ont sacrifié tout le nécessaire. La foi qu’ils ont voulu exprimer est une foi dans l’Eucharistie. Cette Collégiale est un écrin du mystère de l’Eucharistie, on ne peut la comprendre que si l’on découvre qu’elle a été faite pour l’eucharistie. Avec les chants et les actes liturgiques la pierre se met à parler et à prendre sens.

 

Architecture

La Collégiale a été déclarée Bâtiment historique dès 1862

  • Le parvis, signé Guy le paveur, date de 1875 et a été rénové en 1996. C’est le lieu d’ouverture sur l’extérieur.
  • Le porche évoque le narthex, se trouve avant la porte d’entrée (zone intermédiaire entre l’extérieur et l’intérieur de l’église). C’est un vestige du passé qui remonte à l’époque où les catéchumènes sont encore nombreux. Les catéchumènes n’ont pas accès à l’eucharistie et avant d’entrer dans l’Eucharistie il faut passer par le baptême. C’est pour cela que les fonts baptismaux sont toujours situés vers l’entrée.
Pour les personnes qui veulent rentrer et qui ne sont pas encore baptisées, il y a le narthex où on enseigne la Parole et où on prépare au baptême. Le parvis est le lieu d’ouverture sur l’extérieur.
Si les églises sont construites sur un plan basilical c’est-à-dire sur le modèle de la basilique, édifice public de Rome, on retrouve aussi une évocation du Temple de Jérusalem tel qu’il est décrit dans la Bible.

  • Au cœur du Temple, il y avait le Saint des Saints, fermé par un voile où le Grand Prêtre ne rentrait qu’une fois par an, lieu de la présence de Dieu. Dans la Collégiale, c’est le chœur.
  • Tout autour il y avait le Saint lui même qui était réservé aux prêtres. Dans cette collégiale, c’est la nef où est rassemblé le peuple chrétien comme peuple de prêtres. Les chrétiens sont prêtres par leur baptême.
  • Ensuite, il y avait une zone devant le temple qui correspondait au narthex ; et, devant, une immense zone que l’on appelait parvis des païens et qui était un lieu d’échanges, d’enseignement comme dans les agoras des cités grecques. Le parvis est toujours aujourd’hui le lieu d’échanges entre les habitants à la sortie de la messe.
    • On entre dans l’église par la porte principale. Ce n’est jamais neutre d’entrer dans une église. On rentre dans la Jérusalem du ciel, la Cité céleste. L’église exprime quelque chose de la Cité du ciel, c’est pour cela qu’il y a l’eau bénite et les fonts baptismaux à l’entrée. Il ne s’agit pas du sacré selon la conception des païens mais on entre dans l’intimité de Dieu.

    • L’abside est très haute ; donc, le regard est happé vers le ciel. Cela exprime ce mouvement de la terre vers le ciel et du ciel vers la terre qui se réalise dans l’Eucharistie. Dans l’architecture sacrée le cercle évoque le divin et le carré évoque la terre. Ici l’abside a une forme de demi-cercle car le chœur évoque le divin qui s’unit à la nef, forme carrée représentant la terre et où se trouve les fidèles.

    • Le chœur est le lieu où se joue la communion entre Dieu et l’humanité.

    • L’autel est toujours au centre du choeur de l’église car c’est le lieu de l’Eucharistie où Dieu descend du ciel et le lieu où tout le peuple s’offre dans l’Eucharistie pour monter au ciel. L’autel est comme la pierre consacrée d’où part, dans le songe de Jacob (livre de la Genèse), une échelle entre le ciel et la terre. On voit sur l’autel un Agneau posé sur un livre scellé. C’est le Christ, l’Agneau immolé pour le salut de l’humanité tel qu’on le voit dans le 5e chapitre de l’Apocalypse. Il se tient sur le livre qui contient les paroles définitives de Dieu sur l’histoire des hommes : paroles d’amour jusqu’à la mort et paroles de recréation du monde. L’autel a une forme de tombe.Dans l’Antiquité chrétienne, les premières eucharisties se sont faites sur des tombes de martyrs et il y a toujours dans les autels des reliques de martyrs. L’eucharistie est l’amour du Christ jusqu’à la mort, c’est le don du Christ jusqu’à la mort et les martyrs participent à ce même mystère. Un autel évoque toujours la tombe du Christ. Le linge blanc (corporal) évoque d’ailleurs le Linceul.
      Cet autel avait autrefois un baldaquin qui évoquait que l’autel était la porte du ciel. Aujourd’hui, il n’y a plus le baldaquin mais de part et d’autre de l’autel, il y a les bases sur lesquelles sont posées deux statues de chérubins. C’est une évocation du Saint des Saints du Temple de Jérusalem où se trouvait de part et d’autres de l’arche deux représentations de chérubins. On voit aussi ici les anges qui s’associent à la liturgie des hommes et il y a également une évocation du jour de la résurrection du Christ où il y avait aussi deux anges (à la tête et au pied de la tombe), qui annonçaient la résurrection.

    • Les boiseries semblent avoir une certaine unité, au moins de ton. En réalité nous trouvons des stalles de l’époque Louis XIII, Louis XIV, Louis XV jusqu’à des petits sièges néo-gothiques du XIXe siècle pour les officiants.

      Les cinq tableaux du choeur sont du XIXe

    1- Le tableau central : Apparition du Christ à Marguerite Marie Alacoque:
    c’est la révélation de la Miséricorde du Seigneur à l’humanité, c’est la révélation du Sacré Cœur. On voit écrit la parole du Christ à Marguerite-Marie : « Voici ce cœur qui a tant aimé les hommes ». Cette apparition a eu lieu à Paray le Monial le 16 mai 1675 et constitue un événement très important qui a permis de relancer la vénération du Sacré Cœur. Placé au centre il rappelle le mystère central de la foi : l’amour de Dieu pour les hommes. Il est situé sous le vitrail de Jésus en croix entouré de Marie et de Saint Jean. Il y a un lien entre le vitrail, le tableau et l’autel : - le mystère de la croix est le lieu où le cœur du Christ est transpercé ; il est révélé à Marguerite Marie dans ce tableau et est rendu présent par le mystère eucharistique sur l’autel. C’est de ce cœur que se répand la miséricorde sur l’humanité, l’amour qui guérit et console.
    Ce tableau est très fidèle à l’esprit de la collégiale qui est la révélation du mystère de l’Eucharistie - Au dessus du tableau sur le vitrail, il y a une représentation d’un crâne au pied de la croix . Le Christ est mort sur le lieu de la tombe d’Adam qui était le premier homme. Jésus, le nouvel Adam vient chercher par sa mort l’ancien Adam c’est à dire toute l’humanité pour le faire passer de la mort à la vie. Il y a aussi un serpent au pied de la croix, il représente Satan, le mal. La croix est la victoire du bien sur le mal, c’est l’endroit où le serpent est écrasé.

    A gauche et a droite du tableau central, deux tableaux se répondent : la Présentation de Marie au Temple à gauche et l’Assomption de la Vierge Marie à droite.

    2-Présentation de Marie au Temple :
    on voit la représentation d’Anne et de Joachim, parents de Marie, qui l’amènent au temple alors qu’elle avait trois ans.
    Anne et Joachim étaient âgés et stériles; Anne implore Dieu d’avoir un enfant et promet de lui consacrer cet enfant. Cet évènement est figuré dans l’histoire de Samuel offert au temple à l’âge de trois ans par sa mère Anne (cf. 1er livre de Samuel).
    Marie est accueillie par le grand prêtre du temple de Jérusalem qui est représenté dans sa robe pourpre, violette et rouge ornée de douze pierres précieuses qui représentent les douze tribus d’Israël car il porte tout le peuple devant Dieu . Ce grand prêtre porte aussi un bandeau sur lequel est écrit : « Saint et consacré au Seigneur » ; c’est un des signes de son sacerdoce consacré à Dieu.
    La première réponse de Marie à l’amour de Dieu est de s’offrir à Dieu.
    Ce premier acte de la vie de la Vierge fait écho à son dernier acte qui est l’assomption

    3- L’assomption de Marie :
    La vierge Marie meurt d’amour dans les bras de Dieu ; son âme est emportée au ciel et son corps lui-même est emporté dans cet acte d’amour qui la conduit à Dieu. Le premier acte d’amour de Marie et son dernier acte d’amour sur la terre encadrent une vie où elle a sans cesse grandi dans l’amour.

    4- Apparition de Marie à Lourdes
    Il y a une évocation de Lourdes qui est près d’Ibos et donc de la vierge qui est près de nous.
    C’est la première apparition qui est représentée puisqu’il y a la présence du bois. La vierge est apparue pour la première fois à Bernadette lorsque celle-ci allait chercher du bois et lors de cette apparition la vierge n’a rien dit.
    Il y a également l’évocation du rosier que l’Abbé PEYRAMALE , curé de Lourdes, avait demandé qu’il fleurisse et la représentation d’une rose dorée sur chaque pied de la vierge.

    5- Elisabeth de Hongrie qui donne l’aumône aux pauvres
    Elisabeth de Hongrie épouse Louis de Thuringe ; ils sont très dévots tous les deux. Elle se faisait réveiller la nuit pour prier. Il y a une évocation de ses enfants. A la fin de sa vie, elle se consacre aux pauvres ; elle devient tertiaire franciscaine : c’est pour cela que l’on voit une corde à sa taille.
    Dans la spiritualité de Saint François d’Assise qui est marquée par la pauvreté il y a trois ordres : l’ordre de Saint François pour les frères, les clarisses pour les religieuses et les tertiaires pour les laïcs.

    Cet ensemble de tableaux est très féminin. Dans cette collégiale, il y a quelque chose de très marial et de très féminin puisque seules des saintes y sont représentées : Marguerite-Marie, Elisabeth, Bernadette, la Vierge Marie

    • Les vitraux
    Sur les vitraux de part et d’autre du vitrail de la croix, les 12 apôtres sont représentés. Saint Paul tient le glaive qui symbolise la parole de Dieu ; il sera décapité car il était citoyen romain. Pierre tient les clés du royaume. Sur un autre vitrail, on voit Saint André que l’on reconnaît à la croix en X.
    Sur un autre vitrail, Saint Jacques le majeur, frère de Saint Jean, est représenté avec la coquille et son bâton de pèlerin. Il était parti témoigner auprès des Juifs d’Espagne et est mort à Jérusalem. Il est le premier apôtre martyr. Les grands pénitents partaient à pied à Compostelle qui est devenu au Moyen Age lieu de pèlerinage.
    Le vitrail représentant Saint Jacques est au-dessus de la chapelle de Saint Joseph or comme il y a souvent un lien entre le vitrail et la chapelle, il est probable qu’auparavant la chapelle ait été dédiée à Saint Jacques
    • Les statues

    Saint Laurent : est représenté sur la clef de voûte du choeur et par une statue en bois, du XVIIIe qui est classée par les monuments historiques.
    Il porte un habit liturgique : la dalmatique qui est l’habit des diacres pour les célébrations et une étole qui est sur le côté comme la porte les diacres.
    Il y a trois formes de participation au ministère des apôtres : les évêques (successeurs des apôtres), l’ordre des prêtes qui participent au sacerdoce de l’évêque et l’ordre des diacres qui participent au service de l’évêque serviteur des hommes. Au IIIe siècle Saint Laurent, qui est un des sept diacres du pape à Rome, est responsable des finances du Pape. Le IIIe siècle est le siècle durant lequel il y a eu le plus de martyrs après le XXème siècle. En 258, commence la persécution de Valérien, empereur romain.. Il voulait récupérer l’argent de l’Eglise et s’attaquer à l’Eglise non pas comme religion mais en tant qu’organisation. Il met à mort surtout les évêques et les prêtres. Il interdit la célébration de la messe. Le pape de Laurent, Sixte II, est mis à mort alors qu’il célébrait la messe dans une catacombe. Saint Laurent n’a pas été arrêté de suite, il a eu le temps de mettre en sécurité le trésor de l’Eglise, c’est-à-dire qu’il a donné le trésor de l’Eglise aux pauvres. Son rôle a toujours été d’aider les pauvres puisque les biens de l’Eglise doivent surtout servir à cela. Lorsqu’il a été convoqué par l’empereur qui lui demandait de donner le trésor de l’Eglise, Saint Laurent est arrivé avec tous les pauvres et à dit à l’empereur « voici le trésor de l’Eglise » (les pauvres sont en fait le trésor de l’Eglise).
    Sur le tableau au-dessus de la chapelle, on voit le martyr de Saint Laurent qui est posé sur un grill pour le faire parler. Saint Laurent a reçu la grâce de ne pas ressentir la souffrance. Il est mort le 10 août 258, trois jours après son Pape, Saint Sixte II représenté par une statut (face à Saint Laurent) qui n’est pas de la même époque. Le vêtement liturgique est anachronique, en particulier la tiare.

    Saint Joseph : Près de la statue de Saint Laurent se trouve un tableau représentant la mort de Saint Joseph, patron de la bonne mort. Il est entouré dans sa mort par Marie et le Christ. Un groupe d’anges vient chercher son âme. C’est la reconnaissance de Dieu à Saint Joseph qui s’est dévoué toute sa vie pour Marie et Jésus, les deux trésors de Dieu. Dans la chapelle de Saint Joseph, il y a une statue du Sacré Cœur. Il y a peut-être eu dans le passé une statue de Saint Jacques puisque le vitrail au-dessus le représente. Dans la Collégiale il semble que le vitrail au-dessus d’une chapelle représente toujours le Saint à qui est dédié cette chapelle.

    Notre Dame de Lourdes : Au-dessus de la chapelle Notre Dame de Lourdes se trouve un vitrail avec Marie, reine d’Ibos. Sainte Bernadette tient le chapelet et le cierge comme lors de sa première apparition car c’est la vierge qui lui a appris à bien faire le signe de la croix avant de commencer a prier le chapelet.

    Saint François d’Assise tient une croix et une bible. Il est un très grand prédicateur sans avoir fait d’études de théologie. L’ordre franciscain connu pour sa pauvreté est aussi un ordre de prédicateurs. François a envoyé ses frères, deux par deux, pour prêcher. En face de lui se trouve la statue de St Antoine de Padoue.

    Saint Antoine de Padoue est le saint qui a été canonisé le plus vite après sa mort, un an après seulement. Il est Portugais et a rejoint les franciscains et St François. Il tient une Bible ouverte avec un Enfant Jésus qui sort de la Bible. C’est un symbole pour nous dire qu’en lisant la bible on rencontre quelqu’un de vivant : Dieu lui même. Il a été un des plus grands prédicateurs de l’histoire de l’Eglise. On vénère tout spécialement sa langue.

    Saint Eutrope : Evêque de Saintes, au IIIe siècle. Il est également représenté sur le vitrail au-dessus de la chapelle; c’est très rare qu’il soit représenté dans une église.

    Saint Michel qui écrase le diable, rappelle la nature spirituelle du combat que mène l’homme contre le Mal.

    Saint Jean Baptiste tient un agneau en référence à l’agneau qui a été offert à Dieu pour enlever les péchés du monde : Jésus. C’est en effet lui qui a désigné Jésus comme « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », parole que le prêtre prononce à chaque messe. Cette statue se trouve dans la chapelle Saint Jean Baptiste où se trouvent également les fonts baptismaux. C’est en effet Saint Jean qui a baptisé le Christ. Dans cette chapelle vous pouvez aussi voir la statue de L’enfant Jésus de Prague.

    Saint Nicolas : Evêque de Myre est très populaire et très vénéré en Orient. Il est représenté sur le vitrail au-dessus de la chapelle sauvant trois enfants de la mort. Il est très aimé et c’est lui qui dans de nombreux pays du Nord apporte des cadeaux aux enfants.

    Sainte Jeanne d’Arc a entendu les voix de Saint Michel, de sainte Catherine et de Sainte Marguerite. Elle va assurer au Dauphin, le futur Charles VII, qu’il est bien l’héritier légitime du Roi de France. Elle redonne le moral aux troupes royales et permet après plusieurs victoires le couronnement du Dauphin à Reims. Ces évènements conduiront à la fin de la guerre de Cent ans. Prise par les Anglais, elle sera brûlée vive après avoir été reconnue hérétique à Rouen en 1429. Elle sera cependant réhabilitée et reconnue sainte au XXème siècle

    Saint Dominique : Il tient le lys,signe de sa virginité. Originaire d’Espagne, il était chanoine et a fondé l’ordre des dominicains à Toulouse.

    • La chaire est classée. Elle date du XVIIIe. Au-dessus du prédicateur est représentée la colombe, symbole du Saint Esprit qui doit parler par le prêtre. En face d’elle se trouve une croix qui rappelle au prêtre le mystère de la Croix.

     

    La Collégiale a été classé monument historique en 1862 tandis que les boiseries du choeur, stalles et sièges de célébrant ainsi que la chaire à prêcher, les fonts baptismaux (qui est l’ancien bénitier à la très belle cuve et au pieds galbés sculptés en marbre rouge et vert de Campan), la statue de Saint Laurent, ont été classés par les monuments historiques en 1977.

     

     

    Ce document a été réalisé par l’association « Demain la collégiale d’Ibos » à partir de documents retrouvés aux archives.

     

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